C'est reparti ! Aux premiers redoux, les amphibiens, crapauds communs en tête, vont migrer et se faire écraser sur les routes. Les bénévoles s'organisent pour les aider. Allain Bougrain Dubourg m'interviewe dimanche à ce sujet dans "Vivre avec les bêtes" sur France Inter, entre 15 et 16 heures. Même chose en Eure-et-Loir avec Radio Intensité, pour alerter les habitants et pour trouver des volontaires. Une opération locale réalisée avec Eure-et-Loir Nature, le club CPN Les clouks, et l'ASPAS, qui propose des panneaux, et qui diffuse gratuitement un ensemble de conseils à télécharger.
vendredi 22 février 2013
mardi 19 février 2013
Chimpanzés : plus belle la vie ?
Pour qui a été impressionné, comme moi, par la force du
film « Félins », cette dernière production est plutôt décevante. Bien
sûr, c’est un bon spectacle familial, labellisé Disney Nature donc contenant
tous les ingrédients du genre. Mais c’est un peu court, et ça passe à côté
d’une réalité pourtant extrêmement riche et inspirante. Résumé : un enfant chimpanzé, Oscar, perd sa mère au
cours d’une bataille contre une bande rivale, mais il survit à la famine et au
rejet social en se faisant adopter par le chef de sa tribu. Tout est dit.
Certes, cette adoption est émouvante pour les spectateurs (et surprenante pour
les primatologues, qui n’avaient pas encore observé un tel comportement de la
part d’un mâle étranger à l’orphelin). Mais l’envoûtante forêt tropicale,
primordiale et magique, si puissamment évocatrice, n’est ici qu’un beau décor
comme un autre : l’histoire pourrait se passer n’importe où, avec n’importe
quelle espèce animale. C’est un peu « Plus belle la vie » version
forêt africaine, avec d’autres primates…
Heureusement, nous découvrons un peu de la vie quotidienne
de ces chimpanzés, qui passent beaucoup de temps à casser des noix avec des
pierres ou à s’épouiller. Nous pénétrons également, un peu, dans leurs
relations familiales. Mais quasiment rien ne nous est raconté sur ce formidable
spectacle que nous avons pourtant devant les yeux, si étrangement évocateur de
ce qu’ont dû vivre nos ancêtres. L’intelligence incroyable des regards, les
expressions si pénétrantes des chimpanzés ne sont pas, elles non plus,
réellement mises en valeur par la bande son. La musique aux accents New
Orleans, très dessin animé, nous maintient dans un spectacle de divertissement.
La voix off se situe souvent sur le registre de l’humour et fait – parfois –
rire, ce qui nous change agréablement des commentaires lyrico-emphatiques
habituels. Mais ça manque d’intérêt. Ce dynamisme de forme n’aurait pas empêché
un peu plus de profondeur à d’autres moments. Sans aller jusqu’à transformer le
film en documentaire classique, un peu plus d’explications auraient pu nous
enrichir de quelques connaissances précieuses, que l’on soit adulte ou enfant.
Bref, malgré les incontestables qualités du film (de belles images, des
personnages cinégéniques, et des moments drôles ou dramatiques), quand arrive
le mot « fin », on reste sur sa faim.
La projection de presse à laquelle j'ai assisté avec des collègues nous a permis de rencontrer à nouveau le célèbre réalisateur
animalier Alastar Fothergill, ainsi que le co-réalisateur Mark Linfield et le
conseiller scientifique du film, le primatologue Christophe Boesch. Tous
passionnants. Outre les coulisses du tournage et du montage de l’histoire (le
premier auteur, en fait, c’est la nature…), enfin nous en apprenions un peu sur
cette grande forêt Taï en Côte-d’Ivoire, sur les différences de culture entre
les singes de ce film et ceux des autres forêts africaines, ou sur la situation
écologique de la région. Christophe Boesch s’investit concrètement dans la
protection avec la Wild Chimpanzee Fondation. Les chimpanzés étaient un million
voici un siècle, on en compterait moins de 100 000 aujourd’hui. Puisse ce film
sensibiliser l’opinion assez fort pour que des actions suivent…
Le moment le plus révélateur a été, pour moi en tout cas,
la présentation à l’écran des portraits de tous les membres de la tribu
d’Oscar, dont la plupart ne jouent pas de rôle dans l’histoire. Ces primates
ont une telle personnalité qu’on les identifie tous du premier coup d’œil. Tous
ont une individualité étonnante. De plus, les parentés étant indiquées, on
distinguait clairement les airs de famille entre les mères et leurs
petits ! Vraiment troublants, ces cousins d’Afrique…
Un film d’Alastar Fothergill et Mark Linfield. Durée 1h18
malbouffe
Tout le monde parle de la viande de cheval clandestine, certes, mais personne n'a l'air de se soucier des conditions d'élevage brutales de beaucoup de ces chevaux. On s'inquiète bien égoïstement des conséquences de la présence d'anti-douleurs sur notre petite santé, mais pas des raisons de leur utilisation... J'ai même vu passer un article douteux : "Dans le cheval tout est bon" (rue89), qui oublie que le cheval est aujourd'hui un animal de compagnie. Or, même dans les pays pauvres, on ne mange pas ses animaux de compagnie, comme je l'ai constaté un peu partout dans le monde. Là-dessus les Anglais ont quelques longueurs d'avance sur nous. En France, nous avons une fâcheuse tendance à penser avec l'estomac. Mais nous avons eu Descartes, et les Anglais ont eu Darwin...
Voir l'édito de Jacques Juillard dans Marianne du 23 février au 1er mars :
mardi 5 février 2013
Une traduction chinoise
Titre original, aux éditions Milan :
"Abris, appâts, nichoirs... 50 astuces pour attirer les animaux". Eh oui.
vendredi 18 janvier 2013
inexploré numéro 17
Le magazine de l'INREES (Institut de recherche sur les expériences extraordinaires) de Stéphane Allix, se penche sur la nature, les plantes, les animaux, et leurs capacités étranges. Avec des personnages forts comme Temple Grandin, cette étonnante autiste aujourd'hui spécialisée dans la protection animale, ou la déroutante Laila del Monte, qui communique avec les chevaux et les autres animaux. Nous aurions tous ce talent sans le savoir, et la journaliste qui a suivi un stage de communication avec Laila del Monte en est revenue bouleversée. Ayant été interviewé dans la série de M6 "Enquêtes extraordinaires", du même Stéphane Allix, je peux juste témoigner que l'équipe de tournage était impressionnée par ce que cette femme avait révélé sur les chevaux qu'on lui présentait, et qu'il n'y avait évidemment aucun trucage. Je peux aussi confirmer ce que j'ai dit dans ce magazine (bien que l'article semble l'avoir lié aux vols d'étourneaux, il s'agissait d'une généralité) : les scientifiques dans leur globalité (pas tous évidemment !) ont tendance à négliger tout le pan des comportements inexpliqués des animaux, pour lesquels beaucoup de propriétaires de chiens ou de chats montrent plus d'intuition et de pertinence. Face à l'inconnu, deux préjugés me paraissent à proscrire : croire à tout, juste parce que ça va dans le sens de nos convictions, ou au contraire tout rejeter parce que nous n'avons pas (encore) d'explication rationnelle. Il est difficile de se faire une idée définitive sur ces phénomènes, mais l'irrationnel serait plutôt de ne pas les étudier, quels qu'ils soient.
Ne manquez pas non plus les articles sur l'univers des végétaux, et bien sûr tout le reste du magazine !
Ne manquez pas non plus les articles sur l'univers des végétaux, et bien sûr tout le reste du magazine !
dimanche 13 janvier 2013
Darwin en Turquie
Des arguments contre les intégristes religieux...
Parmi les traductions qui ont été faites de mes livres, celle-ci me touche particulièrement, car elle concerne la Turquie, un pays où l'évolution n'est pas enseignée, et où Darwin n'a toujours pas de place reconnue. C'est de la Turquie qu'ont été envoyés en 2007 des milliers d'exemplaires d'un luxueux "Atlas de la création" dans les écoles et les universités d'Europe. Un monument de mauvaise foi (ha ha !) créationniste, anti-darwiniste et anti-scientifique, dont l'auteur a été condamné à trois ans de prison ferme à Istanbul pour "création d'une organisation illégale" et enrichissement personnel". Rappelons juste que si la religion et la philosophie se préoccupent du "pourquoi" des choses, la science ne s'attache qu'au "comment". Il n'y a donc pas de contradiction entre les deux. Et saluons le courage de l'éditeur turc, Alfa Bilim !
L'ouvrage en VO...
jeudi 10 janvier 2013
Premiers signes du printemps
La perce-neige porte bien son nom
Neige ou pas, refroidissement ou non, le printemps se fait connaître doucement, touche par touche. Cela commence avec des chants de printemps timides et quelques fleurs précoces. Des ajoncs ont déjà fleuri, des pâquerettes se montrent. Pour les perce-neige et les nivéoles, leurs cousines, c'est la saison normale de floraison. Les jours rallongent, la lumière influence le métabolisme des plantes et des animaux, inexorablement. Quelles que soient les apparences, c'est pour bientôt!
samedi 29 décembre 2012
Le renard des villes sur Europe 1
Mercredi 2 janvier entre 11h30 et 12h30
Patrick Roger propose un débat sur la faune des villes au cours de son émission "Europe 1 midi" mercredi prochain. J'y représenterai l'ASPAS et le point de vue des naturalistes. Y participent un représentant des chasseurs, le spécialiste des grands prédateurs Farid Benhammou et le fameux vétérinaire et épidémiologiste François Moutou.
mardi 18 décembre 2012
"La France sauvage" dans le coffret "France, l'intégrale"
Patrimoines naturel et culturel se rencontrent dans ce coffret spécial fêtes, une production Arte/Gédéon. 10 DVD "Douces France(s)" et les 10 épisodes de la série "La France sauvage", avec en bonus plus de 40 minutes sur le making of de La France sauvage. Prix conseillé par la production : 49,90 €. Les dix épisodes sauvages : La Bretagne, Les Alpes, La Provence, La Loire, Le littoral nord, La Brenne, La Bourgogne, Les Vosges, l'Île-de-France et la Corse. Pour le contenu, voir plus loin dans ce blog, ou dans celui de Danièle Boone :
lundi 10 décembre 2012
La vie intime des fruits de mer
A écouter sur le lien France Inter
Crabe vert
A l'occasion des fêtes de fin d'année, Allain Bougrain Dubourg m'interviewe sur le plateau de fruits de mer dans "Vivre avec les bêtes" dimanche 16 décembre de 15 à 16 heures. Nous avons tendance à oublier que ce sont des animaux, et des animaux fantastiques, que nous avons devant les yeux... Au menu : la vie sexuelle des huîtres, le strip-tease du homard, le crustacé qui se tape l'incruste et autres histoires qui ne manquent pas de sel. Avec des réflexions sur la souffrance animale, qu'il ne faudrait pas oublier, et quelques conseils. Pour des fêtes joyeuses !
Premier prix Nausicaa 2010 !
vendredi 30 novembre 2012
Les oiseaux annoncent l'hiver
Vol de vanneaux huppés
Des vols bruyants d'oies et de grues claironnent l'arrivée du froid. Ces oiseaux ne fuient pas les basses températures, mais le manque de nourriture. Les vanneaux se posent souvent en troupes nombreuses dans les plaines. Du côté des mammifères, les animaux ont acquis leur nouveau poil d'hiver. Ils nous le montrent tous : l'automne touche à sa fin.
vendredi 23 novembre 2012
La France sauvage sur Europe 1
Benjamin Petrover m'invite à parler de la nature en France et des animaux extraordinaires qui nous entourent, demain matin, samedi 24 à partir de 6 heures. Au programme, requins géants, phoques d'eau douce, marmottes et arrivées de canards...
vendredi 16 novembre 2012
Nature en France, numéro de novembre/janvier
Le numéro 5 vient de paraître
Ce nouveau magazine 100 % nature, qui propose des balades à travers nos terroirs sous un angle naturaliste, m'a fait l'honneur de me passer à la questionnette, et d'ouvrir par là la tribune aux animaux. Ce numéro 5 nous emmène également dans les Deux-Sèvres, en Normandie, dans le Centre ou dans le Mercantour. Vous savez, là par où nos loups sont revenus...
http://www.nature-en-france.com/
Voici le texte de l'interview :
Voici le texte de l'interview :
Naturaliste de terrain, homme
de télé et de radio, écrivain spécialisé en zoologie, Marc Giraud répond aux
questions de Nature en France.
NEF : Marc Giraud, vous êtes
vice-président de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages)
et dans ASPAS, il y a le mot « animaux ». Aujourd’hui, on parle
beaucoup d’environnement, de biodiversité, encore un peu de nature mais de plus
en plus rarement d’animaux. Est-ce devenu ringard de s’intéresser aux
animaux ?
Pas pour tout le monde,
heureusement ! Il est vrai que pour certains, seul l’être humain semble
digne d’intérêt. Ils ne se penchent sur les animaux que s’ils leur
« servent » à quelque chose, ce ne sont pour eux que des objets
d’exploitation, au mieux des sujets d’amusement dérisoires. C’est de courte
vue, passéiste, ça a des relents de créationnisme. C’est ça qui est ringard.
Mais globalement, les animaux continuent d’attirer spontanément le grand
public. Les amateurs de nature et ceux qui ont des compagnons à quatre pattes
ne se posent pas toutes ces questions. De plus, un courant moderne
d’éthologistes (les spécialistes du comportement), de philosophes, voire de
juristes, s’intéresse aux animaux pour ce qu’ils sont réellement. Ces
chercheurs essaient de comprendre l’univers dans lequel vivent nos frères de
planète, et ça ouvre des portes gigantesques.
Quant au terme un peu
technocratique de « biodiversité », il fait sérieux dans les grands
discours. Mais nous sommes en train d’oublier la notion fondamentale de
« nature », alors qu’elle est tellement plus essentielle,
émotionnelle, vitale. Un journal qui s’appellerait « Biodiversité en
France », ça parlerait moins…
NEF : Est-il vraiment
nécessaire de protéger les animaux sauvages ?
Tout ce qui est vivant mérite le
respect, chaque espèce a sa place, on ne devrait même pas avoir besoin
d’argumenter là-dessus. L’ASPAS se bat entre autres pour les animaux décrétés
« nuisibles », une notion qui n’a aucune justification scientifique.
Par exemple, de plus en plus d’agriculteurs demandent la protection des renards
parce qu’ils sont de grands prédateurs de campagnols. Mais nous avons en face
de nous des lobbies puissants et bornés. Aujourd’hui en France, la nature n’est
plus réellement protégée sur le terrain. Qui sait que l’on chasse encore des
espèces vulnérables, et jusque dans les espaces théoriquement protégés, comme
le tétras lyre dans plusieurs Réserves naturelles (le Vercors, les
Chartreuses…) ? Qui sait que l’on a le droit de piéger à la glu, un
procédé aussi barbare que non sélectif, dans le Parc national des
Calanques ? Que le Parc des Cévennes est devenu une chasse privée
réclamant l’exclusion du loup ? à l’ASPAS,
nous avons donc décidé d’acheter nous-mêmes des zones de nature que nous
laissons en libre évolution, enfin à l’abri de toute exploitation. C’est une
mission de service publique pour les générations futures. Et nous demandons la
création d’un véritable ministère de l’écologie…
NEF : Il semble que le thème
des animaux sauvages soit moins d’actualité qu’il y a quelques décennies. À la
télévision, il n’y a pratiquement plus d’émissions thématiques sur les animaux.
Des documentaires spécifiques parfois, mais rien ne semble avoir vraiment
remplacé « La vie des animaux » des années 1960 ou « Les animaux
du monde » et autres « Animalia » des années 1970 et 80. Vous
avez-vous même une expérience dans ce domaine des animaux à la télévision. Quel
est votre regard sur le sujet ?
Le problème, c’est que les
décideurs des médias dominants sont essentiellement des urbains, voire des
mondains, obnubilés par la politique et les enjeux financiers. La règle d’or
des journalistes autrefois, c’était de répondre aux cinq W (Who, What, When,
Where, Why). Aujourd’hui c’est le règne des trois P : Pouvoir, Pognon,
Pipoles… Ils sont à l’image du monde artificiel dans lequel ils se complaisent,
mais pas à l’image du monde réel. Je généralise grossièrement, bien sûr, mais
c’est un peu ça ! Or, le grand public reste très demandeur d’informations
sur le monde vivant, sur le fonctionnement de la planète mais aussi sur la
nature de proximité, sur les animaux qu’ils peuvent rencontrer eux-mêmes. Je
l’ai toujours vérifié, que ce soit sur la chaîne Animaux ou sur TF1 (où j’ai
parlé d’animaux aux côtés de Christophe Dechavanne à « Coucou c’est
nous », avec toujours une démarche éthique).
Il existe quelques exceptions
lumineuses, comme « Vivre avec les bêtes » sur France Inter, une
émission animée par Elizabeth de Fontenay et Allain Bougrain Dubourg. Allain,
c’est notre chef de file médiatique, et je suivais ses reportages avec passion.
Il a payé cher ses positions de protecteur, notamment contre le braconnage des
tourterelles, car il s’est fait supprimer ses émissions télé. J’ai beaucoup
d’estime pour son courage. J’ai le bonheur de participer régulièrement à
« Vivre avec les bêtes », j’ai aussi celui d’avoir été l’auteur d’une
grande série télé sur notre patrimoine naturel : « La France
sauvage » (voir encadré). Les chaînes françaises produisent peu, mais
elles achètent à l’étranger, et il reste quelques bons programmes ponctuels
pour ceux qui cherchent un peu.
NEF : Vous avez longtemps
dirigé « Hibou », une revue pour enfants consacrée aux animaux.
Pensez-vous que les jeunes d’aujourd’hui montrent moins d’intérêt pour les
animaux ?
Oh non, les enfants sont toujours
les mêmes ! Les bébés sont fascinés par les autres êtres vivants. Dès
leurs premiers babillages, ils poussent des « wouah wouah ! » et
d’autres cris d’animaux. Nos instincts préhistoriques ne sont pas éteints. Mais
les enfants sont détournés de leurs pulsions fondamentales par notre culture
fanatique de technologie. Les jeux vidéo, ça bouge, c’est coloré, ça fait plein
de bruits. Incapable de résister à cet excès de super stimuli, le cerveau
humain est hypnotisé par l’écran, il s’habitue à recevoir les choses
passivement. La concentration, la patience, la curiosité ou l’expérimentation
par les sens se développent mal chez les enfants d’aujourd’hui, et le contact avec
la nature est rompu… Contre cela, les rapports avec un animal domestique ou des
balades dans la campagne restent des sources irremplaçables d’éveil sensoriel.
Les enfants m’ont beaucoup
appris. Parler avec eux, par l’intermédiaire d’un journal ou au cours d’une
sortie nature, est une grande leçon de communication : ils vous obligent à
être clair, à oublier le jargon et les préoccupations des spécialistes. C’est
très important de respecter son auditoire.
NEF : « Le Kama-sutra
des demoiselles », ou « Calme plat chez les soles », livres dans
lesquels vous faites découvrir des anecdotes amusantes et étonnantes de la vie
des animaux, ou encore vos émissions, connaissent un beau succès. Cette
nouvelle approche, moins encyclopédique, semble être un bon moyen de
ré-intéresser les gens aux animaux. En tant que vulgarisateur, que pensez-vous
apporter d’original au public ?
Vulgarisateur, ça me va !
Mon but est de montrer à un maximum de personnes que les animaux sont
passionnants. Une de mes armes favorites de sensibilisation massive est
l’humour : tout le monde aime rire, même ceux qui n’ont pas une grande
attirance pour les bêtes. Et l’humour est le meilleur support pour captiver
l’intérêt.
D’autre part, je parle de tous
les animaux : les gros, les minuscules, les familiers, les exotiques, les
sauvages ou les domestiques, mais aussi des comportements, de l’évolution, des
plantes, des interactions entre espèces, etc. Avec cette curiosité la plus
large possible, j’essaie de concerner tous les publics : aussi bien ceux
qui ne connaissent pas du tout la nature que les spécialistes, qui seront
peut-être surpris par des anecdotes touchant d’autres domaines que les leurs.
Enfin, j’évite les chiffres qui
ne parlent pas et les poncifs, la recopie de ce qu’on voit déjà partout. C’est
donc énormément de recherches pour dénicher les infos les plus inattendues et
originales, puis une traduction en langage accessible. Je fais un peu un boulot
de traducteur…
NEF : Pour rester dans le
vocabulaire, les termes actuels de développement durable, de protection de la
biodiversité, de responsabilité environnementale, n’ont-ils pas tendance à
éclipser les notions plus simples de défense de la nature ou des animaux ?
Ainsi, on ne dit plus « protéger les poissons » mais « préserver
les ressources halieutiques », un peu comme si l’on souhaitait éviter de
suggérer la notion même d’animal…
C’est tout à fait ça ! Nous
agissons comme si nous avions honte de nos origines naturelles et de
l’animalité qui est toujours la nôtre. Nous vivons dans une civilisation
anti-nature qui a été brillamment étudiée par le regretté François Terrasson,
chercheur au Muséum[1]. Il a trouvé
l’explication dans nos inconscients : nous avons horreur de ce que nous ne
maîtrisons pas, nous avons peur de la nature. Nous voulons tout
« désensauvager », y compris notre vocabulaire. Même le fait de poser
des nichoirs soulève question : les oiseaux libres auraient-ils oublié
comment construire leur nid ? La nature a-t-elle besoin de pancartes et de
sentiers balisés ? Serions-nous devenus incapables de supporter un endroit
sauvage sans signe de présence humaine ? Défendre la nature, c’est sans
doute d’abord la laisser tranquille. Elle se débrouille très bien toute seule
depuis des millions d’années, et la « gestion » de l’homme me semble
plus le problème que la solution.
NEF : Et les animaux
domestiques ?
Ah, très bonne question ! Je
suis désolé que tant de nos collègues naturalistes ne jettent pas un regard sur
les vaches ou les moutons dans les prés, comme si ces bêtes avaient moins de
dignité ou d’intérêt que les espèces sauvages. Or, il faudrait apprendre à les
regarder avec des yeux de naturaliste, justement. Nous avons la chance de
pouvoir observer des grands mammifères qui n’ont pas peur de nous, et qui nous
montrent leur comportement naturel. J’ai trois chevaux, et je passe des heures
à les regarder brouter, à décoder leur langage gestuel, leurs individualités,
les rapports qu’ils entretiennent entre eux et avec les autres… De même,
observer un chien ou un chat nous en apprend beaucoup sur leurs cousins
sauvages, et sans doute sur nous-mêmes. C’est aussi passionnant que le manège
des abeilles solitaires ou la parade nuptiale des busards cendrés. Tout est
passionnant.
NEF : Vous êtes l’auteur
d’un livre et d’une série de dix documentaires télé intitulés « La France
sauvage ». Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, j’ai eu la chance d’être
appelé pour écrire les scénarios et les commentaires de cette série pour Arte.
Travail énorme ! J’ai cherché à montrer à quel point la France est belle
et diverse, comme si tous les climats du monde se donnaient rendez-vous chez
nous : eaux turquoises « tropicales » de la Méditerranée, forêts
boréales des montagnes, espèces africaines de la garrigue… sans oublier les milieux
de proximité qui me sont chers : le bocage de nos terroirs et la nature en
ville. J’ai voulu maintenir un équilibre entre les espèces prestigieuses et
incontournables (le cerf, l’aigle, le phoque…) et des bestioles moins
télégéniques, mais si importantes (le ver de terre, le bourdon, la mouche…).
Comme d’habitude, j’ai collecté les anecdotes les plus étonnantes pour stimuler
l’intérêt du public, mais pas gratuitement. Elles se tissent les unes aux
autres pour faire comprendre le fonctionnement global de chaque écosystème :
la course verticale vers la lumière pour la forêt, la résistance aux marées et
au retrait des eaux pour les espèces des rochers bretons, ou l’adaptation aux
pulsations des crues du fleuve libre pour la Loire.
Quasiment tous les cinéastes
animaliers de France ont été mobilisés sur dix milieux naturels. L’aventure a
duré trois ans. Sophie Marceau nous a prêté sa voix et son talent. Les images
sont magnifiques, et nous avons reçu des prix jusqu’aux états-Unis. L’auteur que je suis est particulièrement fier
qu’un épisode ait été nommé pour les meilleurs commentaires au festival de
Namur, et que le documentaire sur la forêt vosgienne ait décroché en 2011 le
prix du meilleur film pédagogique à Ménigoute. Et Ménigoute, c’est ma famille…
[1] Ses trois ouvrages, « La peur de la
nature », La civilisation anti-nature » et « Pour en finir avec
la nature », ainsi qu’un recueil de ses inédits, « Un combat pour la
nature », sont tous publiés aux éditions Sang de la Terre.
mardi 6 novembre 2012
Découverte d'une baleine rarissime !
Copyright New Zealand government
Certaines créatures marines nous sont quasiment inconnues.
Ainsi, la baleine à bec de Longman (Indopacetus pacificus), dont on ne connaît au monde que
deux crânes, l’un découvert au Queensland en 1822, et l’autre en Somalie en
1955. Jusqu’à aujourd’hui, c’était aussi le cas de la baleine à bec de
Travers (Mesoplodon traversii), dont le bec est parfaitement symétrique, mais dont le
premier os connu a été découvert par Henry Hammersley Travers. En tout, on n’a
trouvé de cette mystérieuse baleine que trois crânes en 140 ans !
Or, après des analyses génétiques dont les résultats viennent d'être publiés, il s’avère que deux cétacés
(une mère et son petit) échoués sur une plage néo-zélandaise en 2010, tout
d’abord pris pour des animaux plus courants, appartenaient bien à cette espèce
rarissime : c’est donc la première fois qu’elles ont été vues et
identifiées ! La baleine à bec de Travers mesure cinq mètres de long, et a pourtant quelques chances de ne pas passer inaperçue. Cela confirme à la fois que cette espèce n'a pas disparu, que nous ne savons que bien peu de choses de la vie au fond des océans, et qu'il nous en reste encore beaucoup à découvrir…
mercredi 17 octobre 2012
L'époque des baies
Baies d'aubépine monogyne
Pour les oiseaux migrateurs, les haies et leurs baies sont d'indispensables restoroutes. Parmi ces plantes, l'aubépine, dont les baies rouges attirent les oiseaux. Elles ont également nourri les hommes
dès la préhistoire. Ses fleurs font des tisanes pour trouver le sommeil. L’aubépine monogyne est notre aubépine la plus courante. Elle se
reconnaît entre autres à ses feuilles très découpées. Ses fruits n’ont qu’un
noyau. L’aubépine, disait-on jadis, poussait ses racines jusqu’en enfer et n’était jamais atteinte par la foudre.
mercredi 3 octobre 2012
La Vanoise en danger
Bouquetin à la Vanoise. Bientôt remplacé par des skieurs et des pistes ?
Le parc de la Vanoise a été créé en 1963 pour préserver le
bouquetin des Alpes en France. En 1969, il a été l’enjeu d’une mémorable
bataille, et le symbole d’une des plus belles victoires des écologistes :
l’abandon d’une station de ski. Mais nos succès sont fragiles, et les
bétonneurs infatigables.
Le philosophe et naturaliste Yves Paccalet, montagnard et
combattant de la première heure, lance aujourd’hui un appel parce que la
Vanoise est à nouveau menacée par la cupidité. Voici un extrait de son blog :
Ces « responsables » si peu responsables
rêvent de « développement économique », mais confondent
« bétonnage » et « progrès », « projets
immobiliers » et « tourisme durable ». Ils représentent les
habitants de la montagne, mais ils n’aiment pas la montagne. Certains d’entre
eux (les maires de Val d’Isère et de Bonneval-sur-Arc, par exemple) réclament
encore et toujours qu’on ampute une partie du cœur du parc pour y construire
des remontées mécaniques.
Amis (vrais amis !) du parc de la Vanoise, anciens
ou nouveaux écolos, randonneurs, alpinistes, naturalistes, paysans, défenseurs
du patrimoine, bergers des alpages, amoureux de la splendeur des hautes terres
et de l’intégrité d’un territoire béni par la géologie et l’évolution, nous
devons une fois encore nous mobiliser ! (…).
Nous sommes
nombreux à penser que la Vanoise appartient à ceux qui y vivent, comme
moi-même ; mais pas uniquement ! Elle fait partie du patrimoine
commun des Alpins, des Français, des Européens, des citoyens du monde,
notamment de ceux qui sont encore à naître.
Nous exigeons que
la Vanoise reste à jamais un symbole de la grandeur de l’Alpe, de la générosité
de la vie, de la variété des
espèces, de la musique du vent, de la poésie des cimes.
mercredi 26 septembre 2012
Fête du cheval sur France Inter
Dimanche 30 à 15h30
Cheyenne
Suite à la Fête du cheval la semaine dernière, un petit bilan sur cet événement. Est-ce vraiment la Fête du cheval, ou celle du cavalier ? Dimanche dernier, les centres équestres ont organisé des démonstrations diverses, et les chevaux ont travaillé encore plus que d'habitude. Eux, ils n'étaient pas du tout à la fête. Je n'ai pas vu une seule carotte sortie d'un sac pour les récompenser. Et si cette journée était l'occasion de ne pas les monter, mais de les regarder
vivre, d'apprendre à les connaître, de répondre à leurs besoins ? Même si certains centres sont plus ouverts que d'autres au bien-être animal, il y a
encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire...
Trois choses élémentaires à se rappeler pour le bien-être d'un cheval :
1 C'est un herbivore, il a besoin de brouter pendant des heures.
2 C'est un animal grégaire, il a besoin de contacts sociaux.
3 C'est un athlète, il a besoin de se dépenser. Or, beaucoup passent encore leurs nuits et leurs jours enfermés dans leurs toilettes !
"Vivre avec les bêtes", avec Elisabeth de Fontenay
et Allain Bougrain Dubourg, France Inter.
lundi 17 septembre 2012
Le lierre, rendez-vous des butineurs
Vulcain suçant le nectar du lierre avec sa trompe
Les plantes sont en fruits, le lierre est en fleurs.
Décalé dans la saison, il offre son nectar abondant aux insectes jusqu’en
novembre. Une aubaine pour les insectes affamés ! C'est le moment d'observer les vanesses, comme le vulcain, le paon du jour ou le Robert le diable, ainsi que les abeilles, les éristales (mouches déguisées en abeilles), les syrphes (mouches déguisées en guêpes) et bien d'autres.
Cet insecte n'est pas une abeille, ses gros yeux et l'absence d'antennes montrent qu'il s'agit d'une mouche déguisée...
Le lierre est une liane capable de couvrir le sol comme de grimper aux murs, aux poteaux ou aux arbres. Il n’étouffe pas les arbres, car ses crampons n’ont pas de fonction absorbante. Il tire sa nourriture uniquement du sol, et ne s’élève que pour chercher la lumière afin de fructifier. Un arbre en bonne santé ne se laisse pas envahir totalement par le lierre parce que son feuillage va priver la liane d’une partie de la lumière, et la fructification décalée des deux végétaux entraîne une alternance. De plus, le lierre est en hiver une protection thermique, et au printemps un lieu de nidification pour de nombreux oiseaux insectivores qui régulent les parasites. Il se rend ainsi utile à son tuteur.
mercredi 12 septembre 2012
La coccinelle s'envole !
Tout juste paru chez Milan, mon dernier livre est destiné aux enfants. C'est un bel objet cartonné et coloré, plein de tirets, de volets et d'animations diverses, dont une magnifique coccinelle dépliant ses ailes lorsque l'on ouvre la page. La collection "Docàpattes" a sorti des titres sur le poney et le loup, mais ne néglige pas les petites bêtes comme l'abeille et l'escargot. Les photos sont toujours superbes. J'en prépare un autre, mais là c'est top secret...
mercredi 22 août 2012
Les bestioles de l'été
http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Bruce-Toussaint/Videos/Le-carnaval-des-animaux-1197797/
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